samedi 14 mai 2011

La petite histoire

Chers compatriotes parisiens et dans les faubourgs,

vous avez de la chance !
vous pouvez déguster l'exposition de MâDâME Virginie Marielle à la galerie POS depuis le 5 mai.







































Un barrage contre le temps / Tempus fugit. Virginie Marielle Expo POS

Par essence le temps est invisible, insaisissable, il passe sans qu’on s’en aperçoive, plus vite qu’on ne le croit. Il est une matière mouvante, fuyante, pesante, évanescente et ne cesse d’interpeller sur cette difficulté, voire l’impossibilité, à le représenter.
Qu’est-ce qui, alors, peut faire barrage au temps ? La mémoire ? On la sait sélective, pleine de trous, de vide, de perte. Les souvenirs ? Souvent confus et approximatifs. Quoi de mieux que des dates précises et des éléments tangibles pour maintenir le temps à la surface de la réalité ?
Virginie Marielle avec cette première exposition à la galerie POS propose deux œuvres qui justement donnent à voir du temps, écoulé, en continu, quasi ininterrompu, à lire comme les contours d’une histoire personnelle, la sienne, passée et en cours.
Pas de mots ou très peu, le propos n’est pas d’écrire d’une manière classique mais de relier des éléments entre eux, de s’en servir comme prétexte pour permettre une lecture « appliquée », avec graphiques, tableaux Excel, statistiques, élaborés à partir de données exactes et réalisés par une professionnelle.
La première série « 1991-2011» présente une longue succession de dates « jour/mois/année ». Ce sont celles de ses règles, dont elle note scrupuleusement dans un petit bloc-notes orange le premier jour de leur apparition depuis la première fois. Ici, pas d’histoire de sang ou de corps en souffrance mais des schémas proposant une analyse distanciée de ce qui fait période, écoulement et répétition. Le cycle des menstrues que l’on croit régulier, – et qui l’est d’une certaine façon – se révèle variable et animé, mais toujours précis, dessinant sur une ligne continue des montées, des pics, des concentrations, des chutes, des espaces vides. Les années se suivent et ne se ressemblent pas. On entrevoit une vie sentimentale au fil du temps, ses hauts et ses bas, selon pilule ou pas, petit ami ou célibataire, les bouleversements radicaux des grossesses, des interruptions. Une intimité bien plus réelle et explicite que si elle était dite avec des mots se fait jour.
La deuxième série est sa collection de tickets de cinéma, commencée en 1995, au moment du Centenaire du cinéma. Depuis cette date anniversaire, elle a pris l’habitude de les coller dans des petits carnets dédiés, de réécrire le titre du film et la date. Au total à ce jour, 475 films. Quelques-uns ont fait date dans l’histoire du cinéma, d’autres pas, certains ont marqué sa vie, ont été des tournants. Mais à première vue, les films sont tous sur le même plan. C’est en partie ce que laisse supposer le « papier peint » réalisé pour l’occasion, où sont imprimés les tickets sur leur page. On a donc sur un mur de 3m60 de haut une surface entièrement recouverte de tickets, sorte d’« écran de cinéma » sur lequel se seraient figés les éléments projetés, tel un arrêt sur image.
En utilisant des éléments de la vie personnelle comme matériau artistique, les deux propositions entretiennent un lien de familiarité avec le pacte autobiographique défini par Philippe Lejeune : faire œuvre de sa vie sans tricher, se raconter sans mentir.
Cependant, le parti-pris conceptuel et sa forme esthétique tendent à mettre à distance « l’effet vérité ». Passés dans le prisme de l’objectivité des graphiques, les données personnelles et le temps acquièrent même une forme d’autonomie. Ce temps restitué est une chose, celui de Virginie Marielle en est un autre. D’ailleurs, le temps de « son » cinéma peut également faire miroir au spectateur, en tant que les films appartiennent à l’espace public et à notre histoire commune. De même, une série, une liste, une collection, même si elles jouent le jeu de supports autobiographiques, ne sont jamais le reflet d’une personne dans sa totalité. Le portrait garde des zones d’ombre et d’effacement.

Sans doute l’aspect formel souligne-t-il le caractère obsessionnel de l’intention. Noter avec précision des dates, jour après jour, mois après mois, accumuler minutieusement des élément concrets du réel, les garder consciencieusement, d’aucuns y verraient manie, angoisse existentielle. Pourtant, « Un barrage contre le temps », plutôt que d’être un bloc tenace devant la fuite inexorable du temps, ouvre sur la perspective d’un accompagnement, d’une réappropriation, voire d’une alliance avec le temps. En agissant à un niveau actif, réactif et créatif face au flux temporel, VM inscrit sa propre temporalité dans un mouvement continu, qui prend sa source dans le passé et fait acte au présent de sa vie.
Le temps peut continuer à s’écouler. Tempus Fugit.
Marie Gayet

Courrez-y, parce que cette fille a un vrai talent, et j'adore son écriture que vous pouvez savourer ici : http://www.facebook.com/l/a7ebalBtgzYROzGLQ-AVOxiSHaQ/lapetitehistoire.wordpress.com/

Virginie Marielle est là. 

1 commentaire:

virginie la petite hitsoire a dit…

Ouh bah dis donc. Merci beaucoup.
Je remets le lien ici :
https://lapetitehistoire.wordpress.com/

Merci beaucoup Caroline. Et autre précision, le soir du 26 mai, il y a une nocturne dans le quartier qui s'appelle Little Paradis, plein de boutiquous et galeries de design seront ouvertes.